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2022 OU LA RESTAURATION DE L’EMPIRE OTTOMAN PAR ERDOGAN ?

Pour la députée européenne du Rassemblement national Virginie Joron, la France et l’Europe sont à un tournant de l’histoire, et doivent réaffirmer la civilisation occidentale pour lutter efficacement contre l’expansionnisme de la Turquie d’Erdogan. Tribune.

Invité au défilé de la victoire à Bakou le 10 décembre 2020, le président turc avertit à l’issue du conflit que la lutte contre l’Arménie n’est pas terminée : « Le fait que l’Azerbaïdjan ait sauvé ses terres de l’occupation ne signifie pas que la lutte est terminée. La lutte dans les sphères politiques et militaires va se poursuivre désormais sur de nombreux autres fronts ».

Ces fronts, quels sont-ils ? Dans le nord de l’Irak, la Turquie mène des opérations militaires contre le PKK kurde. Dans le nord de la Syrie, qu’elle cherche à occuper morceau par morceau depuis plusieurs années, elle a déployé des dizaines de milliers de soldats et véhicules lourds soutenant et couvrant des dizaines de milliers d’autres combattants mercenaires et djihadistes parmi les rebelles syriens.

En Libye, ancienne possession ottomane, elle a déployé ces mêmes mercenaires, installé des bases navales et aériennes et ravitaille en armes le gouvernement islamiste de Tripoli face au Maréchal Haftar. C’est d’ailleurs lors d’une mission de contrôle de livraisons d’armes interdites à destination de la Libye que la frégate française Courbet a été « illuminée » par une frégate turque, c’est-à-dire ciblée par les radars, dernière étape avant le tir.

En Méditerranée orientale, la menace d’un conflit naval entre la marine turque et les marines européennes se révèle possible. Alors que la Turquie avait déjà mené l’opération « Attila » en 1974, s’emparant du nord de Chypre par la force et l’occupant illégalement depuis cette date, elle n’a pas renoncé à son expansionnisme maritime, caractérisé par sa doctrine de « Patrie bleue ». En 2019, violant à nouveau la propriété des Chypriotes, elle envoie ses navires de forage dans les eaux territoriales de Chypre pour exploser les vastes réserves de gaz se trouvant dans les sous-sols marins. À l’été 2020, elle réitère l’opération mais en accompagnant cette fois ses équipes de forage avec sept frégates d’escorte. Les manœuvres militaires grecques et européennes qui se sont ensuivies ont démontré un niveau de tension inédit entre les flottes impliquées dans cette zone. Erdogan a demandé à ses amiraux de couler un navire grec, qui, lucides, l’en ont dissuadé.

Mais dès l’automne 2020, le grand frère turc autorise l’Azerbaïdjan à lancer son armée sur l’Arménie pour reprendre la région contestée du Haut-Karabagh et l’expurger de ses habitants arméniens. Des officiers turcs conseillent l’armée azérie, des miliciens islamistes syriens et libyens à la solde d’Ankara sont envoyés au combat et ce sont les drones turcs Bayraktar TB2 vendus en nombre à l’Azerbaïdjan qui lui ont permis d’écraser les chars arméniens. À ce propos, cette évolution tactique spécifique doit interpeller nos états-majors qui ne disposent pour le moment pas des moyens nécessaires permettant de faire face à une telle menace lorsqu’elle est massivement utilisée.

Enfin, depuis la grande vague migratoire de 2015 (1 million de clandestins cette année-là), la Turquie impose un chantage aux migrants à l’Union Européenne qui lui offre en 2016 6 milliards d’euros en échange d’un contrôle de ses frontières. Attila rackettait de la même façon l’Empire romain d’Orient. Lorsqu’Erdogan ne s’estime pas assez payé, il lance ses hordes de migrants clandestins à l’assaut physique des frontières grecques. Et le processus des négociations d’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne se poursuit. Pourquoi cracher sur les 44 milliards d’euros d’euros versés par Bruxelles depuis 2005 ?

Mais de tous les fronts qu’Erdogan ouvre, c’est celui de Strasbourg qui se trouve le plus proche de nous. Sous couvert de l’association Mili Gorüs dont le Président turc est membre, l’entrisme islamiste turc a maintenant sa tête de pont. Grâce au maire EELV Jeanne Barseghian et à l’ensemble des groupes siégeant au Conseil municipal de Strasbourg, de LR à LREM (42 voix, pour 7 contre), une subvention de plus de 2,5 millions d’euros va être accordée à ce mouvement islamiste turc. Ceci sans compter les 3,5 autres millions que le mouvement espère se voir accorder par les autres collectivités locales afin de construire la plus grande mosquée d’Europe. La « Grande Mosquée Eyyub Sultan » (du nom de ce compagnon de Mahomet mort en tentant de prendre Constantinople) sera organisée sous forme de complexe et possèdera un restaurant, un salon de thé, un salon de coiffure, une épicerie, une salle polyvalente, de nombreuses salles de classe, des bureaux administratifs et un local pour les activités pédagogiques et culturelles d’une section jeunesse. Une ville dans la ville. Une caserne avec deux minarets de 32 mètres de haut ?

Le même Erdogan qui clamait en 1997 que « les mosquées seront leurs casernes » se permet aujourd’hui d’en construire une immense sur notre territoire, à Strasbourg. Voulant sans doute rivaliser avec la cathédrale Notre-Dame qui a la flèche la plus haute d’Europe… Strasbourg aussi, où en 2015 il haranguait une foule de plus de 12 000 Franco-turcs avec d’un côté les femmes et de l’autre les hommes, brandissant leurs drapeaux turcs aux cris d’ « Allah Akbar ». Le 1er novembre 2022 aura lieu le centenaire de la chute de l’empire Ottoman avec la fin du Sultanat. Au vu de ce qu’il s’est passé lors des 18 dernières années de pouvoir d’Erdogan et au vu de l’accélération de son expansionnisme de plus en plus décomplexé, ne pourrait-on pas légitimement imaginer qu’il cherche à réinstaurer cet empire ?

Pourquoi tous ces conflits du Caucase à la Syrie ? Pourquoi les Loups Gris continuent-ils à attaquer les Kurdes de Vienne à Lyon ? Pourquoi s’être retiré de la Convention d’Istanbul qui lutte contre la violence faite aux femmes ? Pourquoi refuser la nouvelle règlementation sur l’apprentissage des langues étrangères ? Pourquoi par l’intermédiaire du Mili Gorüs, refuser la charte sur le séparatisme ?  Pourquoi Erdogan a-t-il humilié la présidente de la Commission, Ursula Van der Leyen ?

Qui s’y opposera ?

Emmanuel Macron lui aussi pense à 2022… Par son statut de Président de la République française et par le statut de la France dans l’Union européenne, il aurait le pouvoir de faire cesser immédiatement et définitivement les négociations d’adhésion. Il ne le fait pas. Au lieu de cela, il préfère se croire tacticien en envoyant Gérald Darmanin déplorer le vote de la municipalité de Strasbourg. Un ministre de l’Intérieur qui déplore. Monsieur Macron accorde une interview à une émission de télévision pour dire à quel point Erdogan le terrifie. Il mise en fait sur la Présidence française de l’Union européenne qui commencera pour six mois au premier janvier 2022 pour jouer cette pièce de théâtre. Mais personne n’est dupe. La seule chose que les Français attendront de lui sur la question de la Turquie sera la rupture définitive des négociations d’adhésion à l’Union européenne et l’arrêt des subventions à des mosquées-casernes, chevaux de Troie d’Ankara. Pas moins.

2022 sera donc l’année du centenaire de la fin de l’Empire Ottoman et 2023 sera le centenaire de la fondation de la République turque. Et Erdogan a bien ces dates en tête : « Les importants succès accomplis par la Turquie dans différents secteurs sont la plus grande preuve de sa détermination à défendre ses droits et ses intérêts », a-t-il déclaré à l’occasion de la « Fête de la Grande Victoire »Il a également rappelé que « le combat d’Ankara est toujours d’actualité et que la nation turque ne reculera devant rien pour contrecarrer les efforts visant aujourd’hui à imposer un nouveau traité de « Sèvres » à notre « Patrie bleue », de la même manière que la Turquie a conquis son indépendance malgré le manque de ressources et la pauvreté que connaissait le pays à cette époque ».

2022 sera aussi l’année où la France aura à faire un choix de civilisation. Il faut donc définir cette notion de civilisation européenne parce qu’elle est de plus en plus menacée. Et il faut avoir l’honnêteté de reconnaître qu’elle est bien le nom d’un ensemble de valeurs héritées de son passé et en l’occurrence, de l’influence conjointe de la culture gréco-romaine et de la spiritualité judéo-chrétienne. La définir, c’est la distinguer des autres civilisations. Dans l’article d’Hamit Bozarlan sur la fin de l’Empire Ottoman (publié par CAIRN.info) il est rappelé que « fort d’une nouvelle théorie, post-Lumières, des civilisations, Saïd Halim [Grand Vizir ottoman] arrive à la conclusion que les « musulmans » ont également une civilisation, laquelle est, sur le plan moral, infiniment supérieure à celles de différentes nations européennes ». L’Histoire se joue maintenant.

 

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